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Auschwitz : ces collégiens, témoins des témoins...

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Auschwitz : ces collégiens, témoins des témoins...
Comme depuis 1995, le département du Rhône a organisé un voyage « Etudes et mémoire » au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau en Pologne. Pour les collégiens rhodaniens, ce fut l'occasion d'appréhender de manière prégnante une période sombre de l'Histoire et un site à jamais synonyme d'horreur.

Comme depuis 1995, le département du Rhône a organisé un voyage « Etudes et mémoire » au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau en Pologne. Pour les collégiens rhodaniens, ce fut l'occasion d'appréhender de manière prégnante une période sombre de l'Histoire et un site à jamais synonyme d'horreur.

Plus qu’une immersion dans l’Histoire, ce fut une plongée dans l’horreur ! Près de 150 collégiens de 3e, issus de 15 établissements rhodaniens, ont assurément vécu un moment fort de leur jeune existence, immergés au cœur d’une des périodes les plus sombres de ce XXe siècle, celle qui abrita l’inimaginable, celle qui enfanta l’ignominie...

« Cette journée n’est pas une sortie de plaisir, ni un voyage de tourisme », avertit en préambule Danielle Chuzeville, vice-présidente du conseil général du Rhône. « C’est un difficile retour dans notre passé », confirmait Benjamin Orenstein, l’un des rescapés participant à cette journée en direction, selon ses dires, du « plus grand cimetière juif du monde, un cimetière sans sépulture ». Jean Lévy, représentant l’association fils et filles de déportés juifs de France, rappelait le caractère « indiscutable de la Shoah. En faire mémoire est une obligation ».

Avant de fouler cette terre polonaise de souffrances, les collégiens, sous la férule de leurs professeurs, ont longuement évoqué, en amont, la solution finale, le génocide des juifs, l’extermination des tziganes et des prisonniers de droit commun... Professeur accompagnateur, Catherine Bion, du collège André-Lassagne de Caluire, a convié au sein de son établissement M. Orenstein afin qu’il plante le décor, un décor nimbé de douleurs, d’épreuves et de morts. « Mais, comme le précise l’enseignante, ce premier contact fut primordial dans l’optique d’une visite in situ ». Sur place, forcément, l’émotion vous étreint.

« Ici, toutes les horreurs étaient banalisées »

L’atmosphère lourde, pesante, un horizon gris, le brouillard pour linceul... Ici, c’est Auschwitz I. Le camp principal. Un nom qui vous glace, synonyme des pires atrocités que l’humain déshumanisé puisse générer. Et pour Nicolas Roth, l’un des témoins rescapés, revenir ici constitue une épreuve : « Quand je viens à Auschwitz, je pense à ce dernier moment avec mes parents et ma sœur... » Un long silence. D’un ton grave et solennel, il distille de terribles chiffres, froids comme l’airain : « Le 6 juin 44, lors du débarquement allié en Normandie, on a recensé 4 000 morts. A Auschwitz, sur 13 000 arrivées par convois, il y avait 11 000 gazés... Ici, toutes les horreurs étaient banalisées. »

Véritable guide, Nicolas Roth apostrophe les dix jeunes du collège Sainte-Marie de Cours-la-Ville : « Je suis là pour vous prévenir que cela s’est produit. Et c’est la faute des hommes, des hommes comme vous et moi. Des hommes fanatisés. Je suis aussi là pour dire : plus jamais ! » Henri Zajdenwergier, déporté au camp d’extermination de Stutthof (Prusse orientale), a perdu à Auschwitz plus d’une dizaine de membres de sa famille, « seul mon oncle a survécu ». Son récit fut également bouleversant...

Dans ce dédale de baraquements, les collégiens sillonnent des allées sans vie. Respectueux. Sonnés qu’ils sont de tutoyer l’indicible. Dans ces lieux où toute vie semble avoir fui, Nicolas Roth narre une anecdote qui, nonobstant le contexte dramatique, esquisse quelques rictus sur le visage des jeunes Rhônalpins : « Mon premier travail, lorsque je suis arrivé à Auschwitz, a été de creuser un trou. J’ai su plus tard que les nazis voulaient réaliser une piscine. Pourquoi ? Ils voulaient faire croire que la vie dans le camp était agréable alors que se profilait une visite de représentants de la Croix-Rouge ».

L’émotion des jeunes...

S’il en est possible, l’après-midi a marqué une gradation dans l’horreur. Au programme, Auschwitz-Birkenau de triste mémoire. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Entre eux, les rails. Ceux qui menèrent à la mort... Partout des stigmates : des wagons, ces cheminées comme autant d’édicules témoins de la folie humaine. Dans le froid polonais, des silhouettes arpentent ces hectares du désespoir. Et leur démarche se veut empreinte de recueillement et de dignité. La nuit drape peu à peu d’un voile pudique ce tombeau à ciel ouvert. Et ce crachin comme un chagrin...

Rassemblés autour de lumières, signes de vie en dépit de flammes fragiles face aux assauts du vent, élus du Département, déportés rescapés, accompagnateurs et collégiens rendent hommage aux victimes. Les collégiens lisent quelques mots, dont l’écho porte au-delà des barbelés. Pour les jeunes du collège Evariste Galois de Meyzieu, les enfants d’alors « avaient des rêves, mais des ombres les ont subtilisés »... Ce voyage ne marque pas une fin mais bien un commencement. Dès leur retour, les collégiens vont procéder à une restitution. « Sous forme d’un livre qui comprendra les photos prises sur place » pour le collège Le Bassenon de Condrieu. Tel un porte-parole, Simon Ernst, du collège Charpak de Brindas, qui a déjà visité la maison des enfants d’Izieu, conserve un souvenir ému de son passage à Auschwitz : « j’ai été marqué par les baraques dans le camp de Birkenau. J’imagine qu’ils devaient avoir froid... »

Laurent Odouard




MatOz
Journaliste

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