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Coise - La nostalgie des Noëls d’enfance

le - - Territoires - Monts du Lyonnais

Coise - La nostalgie des Noëls d’enfance
Le rêve de Noël

Vers onze heures du soir, la marche hésitante, tout ensommeillés et chaudement emmitouflés, « remorqués » par la mère dans la trace toute fraîche faite par le père, on gagne l'église à la lumière tremblotante d'une lampe de poche : la neige crisse sous nos galoches.

Portes ouvertes (et vite refermées) : c'est l'éblouissement! Voûte gigantesque du navire de pierre, lumières éclatantes des cierges disposés à profusion, le gros poêle tout rouge qui ronfle joyeusement ne réchauffant que les bancs proches, la crèche qui capte le regard émerveillé avec l'ange qui salue quand on met « un sou » dans sa tirelire.
Les chants de la veillée… Attente, parfums d'encens… La messe en latin, le mystère de la naissance de l'enfant Dieu ; le petit Jésus que le père curé porte à la crèche, entre un bœuf et un âne énormes pour des moutons et des bergers trop petits. Joseph sérieux avec sa barbe, Marie avec le sourire de celle qui a tout compris…
Les enfants et les anciens qui somnolent, parfois ; les toussotements qui gagnent de proche en proche au moment du sermon… Et enveloppant tout et tous, une ambiance très particulière où le mystère, la densité de la chaleur humaine s'harmonisent avec la prière… Douce nuit, où l'amour offert à l'humanité entière submerge notre cœur d'enfant… « Il est né le Divin Enfant… ». « Ite Missa Est… ».
Retour à la maison, tout à fait réveillés cette fois, pour découvrir, radieux, deux ou trois oranges et quelques papillotes dans la paire de galoches (de l'année dernière !) placées, avant la messe, devant le gros fourneau noir à la barre de cuivre. Devant les galoches, on découvrait tout tremblant d'émotion un jouet, oh pas de ceux qu'on achète (à la maison on n'avait pas d'argent pour ça) mais un jouet fabriqué avec amour par la mère et le père en cachette.
Il me souvient, par exemple, de cette magnifique locomotive en bois et de son tender plein de briquettes de charbon, les roues faites d'anciennes bobines de fil (en bois elles aussi), le tout patiemment sculpté au couteau, soirée après soirée lorsque les enfants dorment rêvant au Père Noël.
Et l'humble, mais oh combien joyeux réveillon… Quelques tranches de saucisson (parfois du jambon), un morceau de fromage, deux ou trois carreaux de chocolat, un verre de limonade, et l'orange que l'on épluche avec application et que l'on savoure « religieusement ». Un peu de café (juste un fond de verre) ou une tisane, avant de gagner le lit…
La brique chaude, enveloppée d'un journal et d'un vieux torchon ravaudé, pour réchauffer les pieds : le givre dessine des arabesques irisées sur les vitres de la chambre… Et presque aussitôt le plongeon dans un rêve merveilleux, à la poursuite de cette soirée mémorable où tous les gens sont extraordinairement bons et débordants d'amour, et le monde en paix.
« Le bonheur est le plaisir des sages » écrivait Barbey d'Aurevilly. Sans doute, qu'à cette époque, les « enfants d'avant la télé »  étaient  des sages !

Robert Ville




MatOz
Journaliste

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