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Dominique Gerbaud : "Le journalisme est un contre-pouvoir"

le - - Actualités

Les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans les révolutions arabes.

Ce sont les insurgés eux-mêmes qui ont diffusé les premières images, ensuite reprises par les télévisions. Par ailleurs on voit comment en Syrie les journalistes sont visés directement par les tirs, alors est-il encore nécessaire qu’ils se rendent sur place ?

Plus que jamais le monde a besoin de témoins neutres, crédibles, formés, c’est-à-dire qui connaissent la situation et ne sont pas dupes. Il faut qu’ils continuent à aller sur place. Certes ils prennent des risques, mais il faut que des journalistes aillent au-delà des chars, au-delà des ambassades pour ne pas se contenter de la parole officielle. Une nouvelle génération de citoyens est en train de naitre, on le voit en Syrie. Les honnêtes citoyens font de l’info brute, livrent leur témoignage. Il est important pour le journaliste de recouper l’information par exemple pour s’assurer du lieu et du moment où ont été pris les films. La chaine Al-Jazira a ainsi passé des films présentés comme ayant été tourné en Libye avant de s’apercevoir qu’ils venaient de la guerre d’Irak. C’est au journaliste de savoir si l’information n’est que de l’émotion ou entretient la haine, ou si elle compte. Le journaliste analysera, pèsera le pour et le contre.

Les outils numériques changent, mais la pratique du journalisme change-t-elle aussi ou reste-t-elle finalement toujours la même ?

Les outils changent et la pratique aussi. Les journalistes ne sont plus les seuls vecteurs de l’information. Et c’est tant mieux. C’est sûr qu’il est plus facile de se faire discret avec un Smartphone muni d’une fonction caméra. Cette discrétion est nécessaire en terrain hostile. Même chez nous, dans les banlieues françaises, les grandes chaines de télévision ne peuvent plus se passer d’un fixeur qui les aide à circuler, à prendre des contacts. Un Smartphone autorise la rapidité et la discrétion. Une reporter qui s’est rendue plusieurs fois dans les Territoires occupés disait aussi que ses interlocuteurs peuvent aussi plus facilement aller lire les articles mis en ligne sur le site de son hebdomadaire. Le reporter sur le terrain perd son « anonymat » qui peut lui permettre de faire son travail. Aujourd’hui nos interlocuteurs savent qui nous sommes. On peut moins se cacher et d’une certaine façon la relation est plus équilibrée. C’est à nous journalistes de rester neutres.

Dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, la France pointe à la 38e place. Pourquoi ?

En France il y a la liberté de la presse. On peut s’exprimer, même à l’excès, quand on parle de « président voyou », sans aller en prison. Mais force est de constater une volonté de plus en plus forte du pouvoir politique de contrôler l’information, de la suivre, de faire pression sur les journalistes, y compris de manière dissuasive pour que les journalistes soient impressionnés et qu’ils hésitent. A la limite les pressions sont normales, c’est un pouvoir, mais le journalisme est aussi un pouvoir. A nous de résister. Mais pas quand le pouvoir va dans l’illégalité, comme avec l’affaire des fadettes (factures téléphoniques détaillées, NDLR) qui permet à un procureur de retrouver l’informateur du journaliste du Monde. En l’occurrence c’est un message du pouvoir à l’égard des informateurs plus qu’à celui des journalistes.

En 2007 l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy réalisait ses propres images des meetings pour ensuite les communiquer à la presse. Désormais le candidat socialiste utilise les mêmes méthodes. Que pensez-vous de cette nouvelle pratique ?

En période électorale la donne est différente. Nous sommes de plus en plus dans une information contrôlée par l’émetteur quelqu’il soit. Les candidats, les partis veulent être maîtres de ce qui sort de chez eux. On a toujours vu que les présidents de la République choisissaient les journalistes qui devaient les interviewer et ce que ce soit François Mitterrand, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy. A nous, journalistes, de créer un rapport de force et de dire « non, c’est nous qui choisirons votre interlocuteur », y compris au chef de l’Etat. Pendant la campagne les politiques veulent que les images qu’ils filment soient « propres », « plannées ». C’est une régression. C’est aussi dû à la situation économique des médias car ils n’ont pas envoyés d’équipe sur place pour ne pas dépenser de l’argent. Tout le monde s’y retrouve : les politiques, les titres de presse, mais pas le spectateur qui a une information orientée au départ.

Propos recueillis par Mathieu Ozanam

Un débat ouvert au public sur le thème "Pouvoir politique, pouvoirs multi-médiatiques" aura lieu à l'Opéra-Théâtre de Saint-Etienne le samedi 31 mars (entrée libre).

Des responsables de la campagne web des candidats à la présidentielle seront présents : Valérie Rosso-Debord, cellule riposte de Nicolas Sarkozy ; Aurélie Filippetti, chargée du numérique de François Hollande ; Matthieu Lamarre, chargé du numérique de François Bayrou.

Ainsi que Dominique Gerbaud, président de Reporters sans frontières et Jean-François Richard, directeur régional de l'AFP.

Pour plus de renseignements : www.club-presse-loire.com





MatOz
Journaliste

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