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Le textile comme fil rouge de l'innovation en Rhône-Alpes

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Le textile comme fil rouge de l'innovation en Rhône-Alpes
A l'occasion de l'ouverture au public de l'exposition Plumes, motif, mode & spectacle du musée de Bourgoin-Jallieu (lire encadré), l'Essor et les éditions EMCC (qui ont réalisé le catalogue de l'exposition) ont voulu s'interroger sur l'apport du patrimoine dans le savoir-faire textile de la région, et à la vivacité d'innovation de ses entreprises aujourd'hui. Quelques témoins, connaisseurs ou acteurs de ce secteur d'activité ont été réunis autour d'un petit déjeuner de l'Essor dernièrement, en forme de préambule à une conférence-débat qui se tient ce jeudi 5 mai (18 h 30) au musée de Bourgoin-Jallieu. Dossier réalisé par Eric Séveyrat, Daniel Brignon et Fabien Rivier.

Du textile en particulier à l'innovation en général Le textile en crise trouve un certain regain de vie dans la région grâce au dynamisme de quelques-uns.

Du textile en particulier à l'innovation en général

Le textile en crise trouve un certain regain de vie dans la région grâce au dynamisme de quelques-uns. Témoignages.

Pour Jacques Poulenard, (directeur recherche et qualité entreprise Perrin, tissages, ennoblissement textile), le textile est moteur de l'innovation : « le textile avance de crise en crise, l'innovation s'attache à la technologie, en matière de design artistique et esthétique on parlera plus volontiers de création. Le textile synthétique est la première forme de polymère utilisée, sans textile, pas ou peu de chimie. Le textile est un moteur de l'innovation, depuis l'invention du métier à tisser par Jacquard à son extension des cartes perforées vers l'informatique, le textile n'a cessé de faire progresser l'innovation, on le constate aujourd'hui avec les nanotechnologies et les textiles "intelligents" » . Le textile est au cœur d'un pôle d'excellence Techtera (Le pôle de compétitivité des textiles techniques et textiles fonctionnels en Rhône-Alpes ) au sein même duquel se développe une association d'entreprises, « métis », qui a son propre laboratoire de recherche.
Michel-André Durand, qui est vice-président des amis du Musée de Bourgoin-Jallieu, est l'ancien directeur de l'Epida (établissement public à caractère industriel et commercial de l'Isle-d'Abeau), qui a dirigé dans les grandes lignes l'avènement de la ville nouvelle de l'Isle-d'Abeau : « en matière d'aménagement et d'accueil d'entreprises, nous devons en Nord-Isère particulièrement accueillir des entreprises de cette filière, pour ne pas nous retrouver avec une mono activité en logistique... » Cependant le secteur a du mal à attirer des jeunes, il est desservi par une mauvaise image : « lorsque l'on fait visiter nos usines à des jeunes, poursuit Jacques Poulenard, ce qui les frappe, c'est le bruit de machines, parfois les conditions de travail pourtant très améliorées depuis quelques années, mais qui demeurent celles d'une entreprise industrielle, et malgré tout encore créatrice d'emplois : l'entreprise Perrin a ouvert une nouvelle usine il y a deux ans. »

Travailler sur le « faire savoir »

Pour Robert Dorey, conseiller municipal délégué aux affaires culturelles de Bourgoin-Jallieu, il est essentiel de travailler sur le « faire savoir » : « faire connaître au grand public l'histoire industrielle de la région est fondamental. La médiation culturelle est au cœur de cette connaissance, le musée est le lieu qui peut faire le lien entre le patrimoine et l'entreprise d'aujourd'hui. » Stéphane Trinchero, directeur de cabinet du maire de Bourgoin-Jallieu de renchérir : « le musée de Bourgoin-Jallieu a montré avec l'expo "Textiles du XXIe siècle" qui s'est achevé en mars 2010, le lien direct entre le patrimoine du métier à tisser et les textiles techniques actuels. » Le musée serait donc un vecteur contemporain. Ce n'est pas Brigitte Riboreau, conservatrice du musée de Bourgoin-Jallieu, qui dira le contraire : « il est faux de dire que lorsque l'on entre au musée, c'est pour voir du patrimoine "mort". Le textile, c'est la haute couture mais aussi des marques actuelles comme Kookaï, Etam, qui parlent aux jeunes. Le musée est ancré dans son époque, nous n'avons pas encore de club d'entreprises, mais déjà des partenariats, avec l'entreprise Perrin notamment...»
Pour Yves Lacour, président de l'office de tourisme de Bourgoin-Jallieu, président de l'association des amis du musée, ce dernier est dépositaire d'un savoir-faire vivant à l'intérieur même du musée, une mémoire : « il existe encore d'anciens ouvriers et techniciens des entreprises Diéderichs (leader de la fabrication des métiers à tisser jusque dans les années 1970-80) qui savent toujours actionner les machines du musée... » Quant à Michèle Rouchouze, conseillère municipale déléguée à l'accès à la culture, elle insiste sur la mémoire vivante : « c'est toute une mémoire de la ville et de la région qui se trouve au musée. Lorsque j'ai visité le musée avec un groupe de femmes de Bourgoin-Jallieu, beaucoup ont retrouvé dans les expositions et les commentaires un vocabulaire technique qu'elles entendaient jadis utiliser par leurs pères, leurs mères, et leurs aînés qui travaillaient dans cette industrie... »


Plumes au musée de Bourgoin-Jallieu

Cette exposition entend montrer les différentes utilisations de la plume, en tant que telle ou en motif, dans le monde de la mode et celui du spectacle, de la seconde moitié du XIXe siècle à nos jours. Grâce à des fonds acquis au fil des années (collections publiques ou privées, collecte auprès d'entreprises textiles berjalliennes ou régionales) ou par l'apport de pièces uniques prêtées pour l'occasion, cette exposition contribue à mettre en avant les savoir-faire des métiers de plumassier et de l'ennoblissement, et présente l'évolution du motif et des usages de la plume. Le musée de Bourgoin-Jallieu s'ancre ainsi comme un lieu conservatoire et innovant des pratiques textiles régionales et des techniques de l'ennoblissement liées : teinture, gravure, photogravure, impression et apprêt.

"Plumes. Motifs, mode et spectacle" du 30 avril au 23 octobre 2011


Musée des tissus de Lyon :  un « véritable pôle de recherche »

Le Musées des tissus et des arts décoratifs constituent un service de la chambre de commerce et d'industrie de Lyon qui assure la gestion des collections depuis plus de 150 ans. Un lien étroit entre le patrimoine et le monde économique encore renforcé par l'arrivée début mai d'un nouveau directeur sensibilisé aux questions d'innovation et de recherche.  Trois questions à Philippe Grillot, le président de la CCI de Lyon.

Il est original que le monde économique « s'immisce » dans celui du patrimoine. Pourquoi cet engagement de la CCI de Lyon dans le Musée des tissus et des arts décoratifs ?  

Créé et géré par la CCI de Lyon depuis 1856, le Musée des tissus fut à l'origine un Musée d'art et d'industrie avant de se spécialiser dans le domaine des textiles. Par cette approche visionnaire, la CCI s'engageait dans une véritable mission patrimoniale, mais avec deux objectifs pragmatiques liés à sa vocation économique : préserver les richesses du passé pour mieux susciter l'inspiration et donner une nouvelle impulsion à la Fabrique lyonnaise.
Aujourd'hui, le Musée des tissus est un véritable outil du rayonnement culturel de Lyon et de sa région. Avec 85 000 visiteurs dont 30 % d'étrangers accueillis en 2010, le Musée des tissus se place aujourd'hui en deuxième position en termes de visiteurs derrière le Musée des Beaux Arts. Un résultat qui atteste combien ce musée est l'un des piliers de l'attractivité de notre territoire, en particulier à l'international.

Quels enseignements le monde de l'entreprise d'aujourd'hui peut-il tirer du passé, du patrimoine industriel du textile ?

Le Musée des tissus cherche à renforcer sa fonction de véritable pôle de recherche dans le domaine du textile et de la création contemporaine. Avec la plus riche et la plus complète des collections de tissus au monde qui présente plus de 4 000 ans d'histoire textile, ce musée est aujourd'hui une source inépuisable d'inspiration et de création pour les entreprises, les professionnels du textile et de la décoration.

Concrètement, au sein du Musée des tissus et des arts décoratifs, de quelles façons se fait le lien entre patrimoine et innovation, entre tradition et modernité ?

L'ambition de la CCI est justement de donner au Musée des tissus une orientation supplémentaire tournée vers l'innovation et d'associer aux savoir-faire textiles ancestraux les performances des textiles techniques et fonctionnels sur lesquelles travaillent les bureaux de R&D des entreprises de la région lyonnaise pour des applications dans des domaines comme la santé, le bâtiment et le génie civil, la sécurité et les Epi (équipements de protection individuelle), les transports routiers et aéronautiques...
Ce nouvel enjeu pour le développement du Musée des tissus de Lyon sera impulsé par la nomination début mai d'un nouveau directeur, Maximilien Durand, ayant une forte sensibilité recherche et innovation.


Musée d'art et d'industrie de Saint-Etienne : le ruban, lien entre les siècles

Le musée d'Art et d'industrie de Saint-Etienne qui détient la première collection de rubans au monde, issue de la production du bassin textile stéphanois ne se limite pas à présenter l'œuvre du passé. Dans plusieurs expositions dynamiques, le musée s'attache à jeter un pont entre la tradition manufacturière, la création contemporaine et les techniques nouvelles.

Une exposition a fait date à cet égard, présentée en 2006 et 2007 sous le nom « Les enrubannées ». Elle répondait à la question à quoi sert le ruban aujourd'hui ? Des réponses contemporaines d'abord issues de manière inattendue des créateurs de mode : 70 robes présentées dans cette exposition où le ruban n'est plus un élément de garniture, mais constitue la matière même de la tenue.
Tressé, tissé, cousu, le textile étroit et plat se révèle surprenant de plasticité, offrant une texture et une structure inventive, inédite, une palette large de créativité. Trois couturiers, qui se sont emparés du ruban comme une matière à part entière, mis en avant dans l'exposition qui présente leurs modèles, Franck Sorbier, Eymeric François et Maurizio Galante. Plus occasionnellement, Givenchy, Jean-Paul Gauthier ou Chanel, ont aussi exploré les possibilités du ruban. Autour du défilé de mode, l'exposition présentait un panorama de la production rubanière de Saint-Etienne, qui demeure, avec le Japon, le bassin d'excellence mondial aujourd'hui. Alphabiais, Cheynet, Effet passementeries, Julien Faure, Fontanel, Louison, Manutex, Neyret, Satab, le groupe Santex, Seram, Style Jacquard, Vialaton & Martin, sont les enseignes fournisseurs de la haute couture, présentées dans leurs caractéristiques. L'offre du bassin stéphanois s'élargit également aux rubans biomédicaux de Cadial, Gibaud, Thuane, et biotechniques de Louison, Faure-Roux, Samuel Roche Thiollier, sans oublier la passementerie d'ameublement. Leurs modèles étaient présentés en contrepoint de la salle d'exposition permanente, mémoire de la production stéphanoise.

Avant-gardiste

Le musée d'art et d'industrie a persisté dans sa démarche d'offrir une large visibilité des innovations technologiques en matière de textile avec une exposition conjointe avec le musée de Bourgoin-Jallieu en 2009 et 2010 sous le titre Textiles techniques, matériaux du XXIe siècle. Un champ plus large était balayé sous 7 thématiques d'application du textile aux besoins d'aujourd'hui : l'environnement, le sport, la protection, l'électronique, le transport, la santé, la mode. Où l'on découvrait la diversité des applications des fabricants rhônalpins et plus particulièrement des bassins de Saint-Etienne et du Nord-Isère.
Le Musée d'Art et d'Industrie de Saint-Étienne présente à partir du 14 mai prochain une exposition consacrée à Manufrance, labellisée d'intérêt national par le ministère de la Culture. Exposition davantage historique, elle s'attache toutefois à montrer le caractère avant-gardiste de la manufacture d'armes et de cycles, creuset d'innovations et pionnière dans de nombreux domaines.




MatOz
Journaliste

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