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Une petite « Pompéi viennoise » découverte à Sainte-Colombe

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Une petite « Pompéi viennoise » découverte à Sainte-Colombe
X.A. - La mosaïque de Thalie et Pan, aux caractères rares pour la Vienne antique

C'est l'une des fouilles archéologiques les plus imposantes actuellement menées en France. Plus pour ses résultats surprenants que son étendue, 5 500 m2 tout de même… Depuis avril, la société privée Archeodunum, à qui a été confié le marché, mène ce chantier rue des Petits Jardins à Sainte-Colombe où un projet immobilier est en cours.

Le fait est rare. Lancée début avril 2017 et à l'origine prévue pour durer 6 mois, la fouille va être prolongée jusqu'au 15 décembre au regard de la qualité inattendue des vestiges donnant lieu à la reconnaissance du site en « découverte exceptionnelle » par le ministère de la Culture. Archeodunum a affecté une quinzaine de personnes sur ce chantier.

C'est d'abord une mosaïque de 16 m2, datant du IIe siècle ap. J.-C., qui a été découverte. Baptisée classiquement à partir de son thème : l'enlèvement de Thalie, muse de la comédie par le divin Pan, elle présente un état de conservation époustouflant. Ainsi qu'un thème, une technique de réalisation et des couleurs, tous les trois très inhabituels. « Le style invite à penser que le propriétaire de la demeure ayant commandé cette œuvre comme pavement des son cubiculum (bureau, Ndlr) est un très riche marchand originaire d'Orient », explique Benjamin Clément, directeur des fouilles pour Archeodunum.

Plus globalement, la conservation des vestiges mis au jour sur la parcelle fouillée est étonnante. Et la stratigraphie - environ 3 m de profondeur pour l'instant - a permis de déceler une occupation précoce et inattendue des lieux : dès la fin de la République romaine, même si les éléments de cette époque restent à préciser. Une centaine d'années plus tard, au Ier siècle ap. J.-C., le site voit la création d'une place commerciale de 2 500 m2, sans doute destinée aux marchand itinérants, un entrepôt, des immeubles avec boutiques et logements et une autre vaste et très riche demeure, elle aussi dotée d'une décoration de qualité dont des mosaïques. Elle fut transformée plus tard en sanctuaire.

Car les lieux furent détruits par un incendie lors de la première moitié du IIe siècle. « De quoi préserver les sols du rez-de-chaussée et des étages effondrés, ainsi que le mobilier abandonné en place transformant ce secteur en une véritable petite « Pompéi viennoise », précise Archéodonum.

Toujours au IIe siècle suivant, c'est l'ensemble du site fouillé qui est d'ailleurs réaménagé. Il compte alors la première domus que nous évoquions, un temple au nord, peut-être consacré au culte impériale ou au dieu Mercure, divinité associée au commerce. Temple qui n'est hélas pas très bien conservé. On compte aussi de nouveaux immeubles et enfin une nouvelle gigantesque place à l'est, plus grande que la précédente puisqu'elle s'étendait au-delà du site fouillé, jusqu'au Rhône sur 7 000 m2.

Cette place était agrémentée d'une fontaine monumentale et entourée de plusieurs basiliques imposantes (jusqu'à 70 m de long sur 30 m de large) dont la fonction reste à préciser. L'intuition de Benjamin Clément ? « Ce complexe a peut-être accueilli la schola (sorte d'université philosophique et/ou de réthorique) de la Vienne antique évoquée par les sources écrites mais jamais retrouvée.»




Louis THUBERT
Journaliste

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